Massage en soins paliatifs

Un tel toucher commence dès la prise de contact. Tous les sens, le toucher bien sûr, mais aussi la vue, l’ouïe, l’odorat, sont mis à contribution afin de saisir le moment présent et de prendre les décisions concernant l’offre de service de massage.  Par le contact visuel, et dans le contact avec le corps de l’autre, nous sommes sensibles à tout le langage non-verbal.  Dans ce type de communication, nous tentons de capter une « autorisation » d’entrer en contact par le toucher, attentifs à un signe de relâchement qui s’installe : respiration qui se calme, regard plus serein ou plus présent. Par contre, nous nous devons de maintenir un contact verbal, même si notre client n’est plus en mesure de communiquer de cette façon. Nous lui parlons, lui expliquons, le rassurons sur le geste à faire auprès de lui.  

Un  toucher respectueux et adapté, équivaut à la création d’un espace sacré.  Un lieu où malgré l’environnement souvent non contrôlé, on arrive à vivre une bulle d’intimité.  Un espace protégé,  où l’on a rendez-vous avec la dignité, et où, par le toucher, on retrouve l’humanité de l’autre et la sienne propre. 

Une phrase est née de nos discussions préparatoires : « Les mains du massothérapeute avec un toucher respectueux, n’imposent pas des manœuvres,  mais elles reçoivent le corps, écoutent la vie, rencontrent l’autre. » Il s’agit, au-delà des techniques manuelles que nous possédons dans nos coffres à outils, d’un toucher précieux, attentif à l’autre, d’un désir de rencontrer et de prendre soin qui donne un sens au geste de massage.  Il ne peut s’agir que d’un acte accompli avec une présence et une  disponibilité  à l’autre et à soi-même. Dans un tel contexte, il est toujours un geste lent, très doux supportant, rassurant et fluide.

De plus, le toucher est un outil de communication à privilégier en fin de vie. Car il arrive un moment où la communication verbale devient difficile, impossible ou même superflue.  Et même parfois, si la rencontre se produit dans les tous derniers instants de la vie, à la demande du personnel ou de la famille, à un moment où déjà la personne n’est plus en mesure de communiquer son assentiment verbal, alors même parfois dans ces conditions, notre toucher peut faire une différence.  Par ce toucher respectueux, par l’observation du langage corporel et par le contact verbal et corporel du massothérapeute qui calme et rassure, on a vu changer l’attitude corporelle d’un mourant en souffrance, par des membres qui se décontractent et la respiration qui s’apaise, permettant ainsi  un meilleur confort dans les derniers instants.

Combien de fois aussi avons nous entendu de la bouche d’un patient, qu’avoir su ce que cela procurait, il se serait fait masser bien avant…  Ou encore ce parent qui nous remercie à la mort de son enfant que l’on a accompagné par le massage, parce que nous lui avons permis de garder le contact avec celui-ci qu’il a osé toucher jusqu’à la fin.

Enfin, nous vous laissons sur cette citation tirée du Livre Tibétain de la Vie et de la Mort

« J’ai souvent remarqué aussi que les malades graves éprouvent un grand désir d’être touchés, d’être traités comme des personnes à part entière et non comme des individus en mauvaise santé. Vous pouvez leur procurer beaucoup de réconfort en leur prenant simplement la main, en les regardant dans les yeux, en les massant doucement, en les tenants dans vos bras ou bien en respirant doucement au même rythme qu’elles. Le corps a sa manière propre d’exprimer l’amour.  Utilisez sans craintes son langage : vous apporterez aux mourants apaisement et réconfort.1

1- SOGYAL RINPOCHE. Le Livre Tibétain de la vie et de la mort, p. 236.